Avec les mots de la chevalerie

En matière de joute intellectuelle ou morale, je n’aime que ceux qui rompent en visière ; et vilipenderai sans relâche les adeptes du coutelas qui cherchent les jointures de la cuirasse pour percer l’aisselle ou l’aine, quand ils n’entendent pas, suprême offense, offense de gueux, couper le jarret.

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Ethica

On savait déjà que le footballeur est un quadrumane qui aime à se délasser de ses trop lourdes journées de labeur en compagnie de prostituées mineures. Des recherches zoologiques récentes montrent que c’est aussi un inégalable voleur d’impôts, un évadé fiscal de grande ampleur. Au nom de l’exemplarité du sport, le père recommandera au fils l’imitation en tout de ce primate (supérieur).

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Le clown à la mèche jaune

Je partage avec le premier pitre de la première puissance du monde cette faculté redoutable de faire sortir les imbéciles du bois à tout coup. Ces types de détecteurs devraient d’urgence être reconnus d’utilité publique, même si, en l’occurrence, la structure des appareils de détection diffère : chez lui c’est le mauvais goût vestimentaire ornant la confusion des propos, chez moi le caractère particulièrement adéquat des idées. Paradoxe de l’histoire, l’imbécile se recrute aujourd’hui exclusivement dans la classe possédante et supposément cultivée. Quand, avec le soutien inattendu des pauvres, le bouffon suprême a fait tomber dans les poubelles de l’histoire la dame au visage bouffi par les marques conjuguées de son insatiable avidité matérielle et d’une excessive estime de soi, j’ai vu plus d’un enseignant du supérieur (!) exprimer sa préoccupation pour un monde bientôt livré aux frasques du Docteur Folamour. Connaissant les loisirs, les lectures et la capacité de travail de l’université, je ne m’attendais pas à une telle pétition de principe en faveur de la protection de l’humanité. Le bon dieu ne manquera pas de reconnaître les siens. Cependant, ces salauds de riches feraient bien de se souvenir qu’un coup de gomme (intellectuelle) jamais n’abolira les pauvres.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Ordres de grandeur

J’ai, à n’en pas douter, vidé plus de bouteilles qu’il aura jamais poli de lentilles optiques (c’est dire son application et mon intempérance) ; le vingt et un février 1677, jour de son pauvre trépas, dans une armoire à cinq rayonnages, il possédait cent soixante ouvrages, j’en détiens à la louche cent fois plus ; à quarante quatre ans, incapable soudain de conserver son rapport de mouvement et de repos (et, de ce point de vue, ayant perdu la capacité d’affecter et d’être affecté), son corps connut la destruction. (De vingt trois ans plus âgé, on peut craindre que le mien de corps ne se survive, quoique rétréci par le peu de corps susceptibles de l’affecter de joie). On verra par ces obscures comparaisons que, dans un siècle infect, un homme qui a sans cesse lutté pour ne pas démériter n’est pas autre chose qu’une ombre dans l’ombre de Spinoza.

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Winnetou et la couille molle

Winnetou est une figure d’indien, un chef Apache, le personnage d’un auteur populaire pour enfants ou adolescents qui eut, et a peut-être encore, un succès tel qu’il demeure dans la mémoire de l’édition ; il s’appelle Karl May, un allemand. On s’arrête un instant pour prendre acte de ce que Hitler, un des plus grands criminels de tous les temps, avait une âme d’enfant : il aimait beaucoup la littérature indienne de Karl May et en particulier son Winnetou. J’ai eu un ami croate qui racontait l’histoire suivante, aussi puissante qu’elle est à faire fondre. Un jour sa petite sœur le mit au défi de dormir une nuit sur le balcon, en plein hiver d’Autriche. Mon ami se récria : «Tu n’y penses pas ! Tu sais ce que ça représente une nuit dehors par ce temps ? » La très jeune fille, admiratrice fanatique d’un chef Apache, lui répliqua, cinglante : « Tu n’es qu’une couille molle. Winnetou, lui, creuse un trou dans la neige pour y passer la nuit ! »

 

 

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Pieds bots

Quand on part de prémisses fausses, fictives ou douteuses, on se condamne à boiter tout du long. Témoin le journaliste qui écrit démocratie, le penseur qui croit à l’inconscient, l’économiste au libre-échange.

 

 

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Roumaines plus ou moins laides

Quand elles ont un quart de minois et qu’on commet l’abus de les regarder, il vous semble soudain que vous êtes entré dans un lieu sacré en resquillant (sans acquitter le droit d’entrée, le droit de regard).

 

 

 

 

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Une mauvaise action

Ce que – le voulant, ne le voulant pas – la classe moyenne aisée à faciès mondial aura accompli de plus vil, de plus scélérat, c’est d’avoir fait de la connaissance (livres, voyages, cinéma, musées, conférences…) un loisir. Quant à l’amour, la connaissance d’autrui, cette même classe aura porté à une extension bilatérale et intercontinentale jamais atteinte le diagnostic cynique de Marx qui voyait dans la conjonction maritale de l’homme et de la femme une prostitution légale.

 

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Un exemple

Un personnage très court (pas seulement du point de vue des jambes) estimait la lecture de La Princesse de Clèves inutile pour la formation du serviteur public. Au même moment, il ne rechignait pas à demander le secours des talonnettes pour exhausser sa gloire. Cet homme est le parfait parangon de notre temps.

 

 

 

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Longues courses lentes sur le coteau radieux

La cité plate et veule, arrogante et creuse, est enserrée entre la rivière et les banlieues ouest et sud où sont censés s’agglomérer les cinquante pour cent de la population qui détiennent cinq pour cent du patrimoine des ménages. Au nord-est, la classe moyenne accomplit sa destinée en acquérant dans la vallée heureuse un terrain à bâtir ou une grange à retaper. Mais la signature sociale, le levier véritable de l’hypocrite cité bavarde, on les trouve sur le coteau radieux, à un jet de pierre du centre ancien. Par-delà la rivière, sur le premier versant du massif de la Chartreuse, il y a les propriétés immémoriales, ceintes de hauts murs, aux pelouses ponctuées de cèdres bicentenaires. Qu’on ne se raconte plus d’histoires : les vieilles familles ont vendu de longue date ; ce sont aujourd’hui les oligarques qui y coulent des jours heureux bien abrités. Il se trouve que je propulse depuis des années dans ces parages mes genoux malades ainsi que mes hanches toujours fluides puisque, par bonheur, les voies montantes qui irriguent ce mirifique ghetto sont encore publiques. Ma longue pratique me conduit à deux observations qui passionneront les amateurs d’anthropologie à forte teneur sociologique : invariablement, les boites aux lettres de ces propriétés proclament fièrement quelque chose comme « Non merci – pas de pub ! » ; les oligarques qui vivent grassement d’un système vendant à crédit aux pauvres des marchandises dégradées, ces gens de bien, n’entendent pas manger de ce pain-là. D’autre part, quand on croise un regard, au long de ces voies enchantées, quand il n’est pas dissimulé par le pare-brise d’une grosse berline de préférence étrangère, il est vide et comme voilé d’indifférence. Il existe de notables exceptions et j’entretiens au fil du temps des relations presque amicales avec tel ou telle avec qui nous avons commencé par nous saluer pour ensuite engager la conversation. Mais la disproportion est telle entre les deux catégories d’habitants de ce somptueux mouroir qu’il y a lieu d’être très pessimiste quant à l’avenir de tout commerce humain dans ces contrées de rêve.

 

 

 

 

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