Laure et Isabeau

Je n’aime ni les habiles ni les hypocrites, qui sont souvent les mêmes ; ils aiment trop leur tranquillité et leur miroir ; je suis, à l’opposé, partisan de la franchise, partant, souvent brutal, maladroit : une sorte de droiture que les gens du commun souffrent mal. Je n’aime pas chez elle son habileté accompagnée … Continuer la lecture de Laure et Isabeau

La dame et le sismographe

La dame : « Vous êtes trop sensible ! » Le sismographe : « Ne l’êtes-vous pas trop peu ? » « Pourquoi si dur ? — dit un jour au diamant le charbon de cuisine ; ne sommes-nous pas intimement parents ? — » Pourquoi si mous ? Ô mes frères, ainsi vous demandé-je, moi : n’êtes-vous donc pas — mes frères ? Pourquoi si mous, … Continuer la lecture de La dame et le sismographe

Lettre à un ami très cher au sujet d’un personnage sans importance (plutôt abject)

Quand j’aurai dit que le personnage est propriétaire du Bon Marché, j’aurai fait assez pour sa réclame. Ami, j’ai dit suffisamment ce qu’il faut penser de ce genre d’individu dans mes œuvres complètes, en un billet intitulé « Dans le mille ? ». Mais je sais que mon talent est loin de te convaincre (pas plus qu’une pomme … Continuer la lecture de Lettre à un ami très cher au sujet d’un personnage sans importance (plutôt abject)

Physiologie de mon plus grand amour (platonique)

À y bien regarder, ses plus longues dilections furent pour des marchands de centimètres cubes ou de mètres carrés, des négociants en moteurs ou en surfaces corrigées. Moi qui ne vendais rien, et qui pouvais avoir les larmes aux yeux en lisant une page émouvante, je ne l’ai pas trouvée acheteuse.

Le lecteur la reconnaîtra

Vous êtes une fleur qui suffirait à déparer n’importe quel bouquet et je n’ose penser à l’effet qu’elle ferait sur la couronne mortuaire des pauvres, dernier hommage de leurs semblables avant l’entrée dans ce néant qu’ils n’ont jamais quitté. Vos airs hautains, sévères font rire quand on les rapporte à vos propos sur l’humilité. Votre … Continuer la lecture de Le lecteur la reconnaîtra

Monomanie de Trotsky

Quand il fut à terre, baignant dans son sang, sa première pensée fut pour son petit-fils : « Faites-le sortir, qu’il ne voie pas ça ! ». Dans  les heures qui précédèrent son pauvre trépas, il dit : « La quatrième internationale vaincra ! » Si j’étais touché à mort, ma pensée volerait vers toi pour te dire : … Continuer la lecture de Monomanie de Trotsky

Le tabouret de Gould

On le lui a souvent demandé, il n’a jamais vraiment pris la peine de fournir une réponse sur le fond, convaincante ; sinon que c’est comme ça, ainsi. La question est pourquoi il ne peut se séparer de son tabouret de piano : un petit vieux meuble rachitique, à l’apparence déglinguée ; alors qu’il est … Continuer la lecture de Le tabouret de Gould

Luberon

« Beuh ! » « Meuh ! » Ici paît en paix un tout petit troupeau, certes – mais qui a confisqué tout le grain, toute l’étendue de l’herbe. Je connais, pas pour ma plus grande joie, un décavé de la classe moyenne provinciale qui a voué sa vie au plaisir, au chatouillement (titillatio), cette perspective de l’amour de … Continuer la lecture de Luberon

Une chimère caille-poulet Hommage involontaire à Nicole Le Douarin

Elle était grande, belle, faite au tour, un visage admirable, sans conteste intelligente, maîtresse de ses mots, diplômée comme peu le sont ; assez blanche pour passer comme une lettre à la poste, assez colorée pour enflammer l’amateur d’exotisme. À l’usage attentif de la conversation, sans aucune vue sur elle, je sus qu’elle réunissait en elle … Continuer la lecture de Une chimère caille-poulet Hommage involontaire à Nicole Le Douarin

Ferry, encore

On l’aura compris : j’aime beaucoup Ferry, ce paltoquet doublé d’un perroquet. Son psittacisme n’a d’égal que son narcissisme. Je propose de forger à son sujet un nouveau concept ; celui de Ferry-Wheel. La Ferris-Wheel, du nom de son concepteur américain, est cette roue géante à nacelles des parcs d’attractions où le bon peuple s’en va toiser … Continuer la lecture de Ferry, encore

Lettre d’un garçon de ferme d’Otomani à son amour platonique, mulâtresse tsigane de Sacile

Une commande de ton inoxydable amoureux platonique : jette un pétale de fleur dans la Livenza en souvenir du garçon de ferme, cet handicapé du cœur ! Surtout, envoie-moi un joli cliché d’un lieu, d’un palais du « jardin de la Sérénissime » (Venise), de quoi que ce soit, là-bas, qui consonne avec l’âme de mon égérie… Plus … Continuer la lecture de Lettre d’un garçon de ferme d’Otomani à son amour platonique, mulâtresse tsigane de Sacile

Par les champs et par les grèves Voyage et littérature

Mon ami le plus cher est un Stakhanov de la culture physique ; c’est son seul péché, véniel, quant aux devoirs rendus aux idoles contemporaines. Il vient de frôler la surchauffe cardiaque, heureusement sans conséquences. Quant à moi, péripatéticien sans retour, je n’ai rien trouvé de mieux, l’autre hier, que de garnir ma culotte de … Continuer la lecture de Par les champs et par les grèves Voyage et littérature

Sous l’invocation de Jules Renard Une inspiration

Les Français, ces dépensiers et ces pleutres, ont vendu tous leurs bijoux de famille. Ils n’ont même pas gardé leurs génitoires. Le Corbeau : « Croa, Croa… » Le Renard : « Tu crois bien tout ce que tu veux ! » Ad libitum – pour qui a le calame agile… https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99%C5%92il_Clair Lire d’urgence, au moins, Un lever de soleil – inoubliable … Continuer la lecture de Sous l’invocation de Jules Renard Une inspiration