Luberon

« Beuh ! » « Meuh ! » Ici paît en paix un tout petit troupeau, certes – mais qui a confisqué tout le grain, toute l’étendue de l’herbe. Je connais, pas pour ma plus grande joie, un décavé de la classe moyenne provinciale qui a voué sa vie au plaisir, au chatouillement (titillatio), cette perspective de l’amour de soi, de ses propres sens, laquelle n’est jamais qu’un puits sans fond, un néant. Dans la Nature même, rien d’approchant n’existe. Il y aura toujours, la physique l’atteste, en tout lieu, des ondes et des corpuscules qui traversent les corps en d’infinies interactions mais qui ne sont pas le soi, chéri par cette sorte d’individus ; en tout cas, c’est ainsi que je crois l’avoir compris…
Le décavé a puisé sans relâche dans l’infini cheptel des belles femmes, bourgeoises ou non, qui ont contracté des mariages d’argent ; son libertinage persévère, ralenti à due proportion, par l’implacable délabrement du corps. Dans sa carrière d’agent double, il a, plus souvent qu’à son tour, assumé le rôle d’écornifleur très élégant dans les demeures où il faisait le coucou – du cocu. Il m’a chanté sans discontinuer les mérites des riches, par lui rencontrés, tous simples, cultivés, à la table ouverte, bienveillants (comme ils disent). C’est à croire qu’il a déjeuné avec Bernard Arnault ! Je lui ai sans cesse opposé ma conviction que le riche sonne faux ; que je ne peux en rien, ou si peu, lui trouver du mérite. Question d’oreille et d’un peu d’entendement. Il est revenu sur le sujet jusqu’à ce que je le prohibe. Il faut laisser à chacun ses illusions : c’est le carburant même de l’érection ou de l’orgasme.
À y bien regarder, tout ne tourne pas rond dans le Luberon.

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