Lettre d’un garçon de ferme d’Otomani à son amour platonique, mulâtresse tsigane de Sacile

Une commande de ton inoxydable amoureux platonique : jette un pétale de fleur dans la Livenza en souvenir du garçon de ferme, cet handicapé du cœur ! Surtout, envoie-moi un joli cliché d’un lieu, d’un palais du « jardin de la Sérénissime » (Venise), de quoi que ce soit, là-bas, qui consonne avec l’âme de mon égérie… Plus que tout, essaie de me ramener les noms de jeune fille de tes grand-mère et arrière-grand-mère (l’épouse du Hongrois, l’homme au chapeau et à la barbe profuse, dans le médaillon) pour mes recherches tsiganologiques : en effet, comme Sacile était un lieu de résidence prisé des nobles vénitiens, il y a de fortes chances qu’ils employaient des tsiganes pour différents travaux (jardins, chevaux, habitation). Par le passé, les aristocrates ont toujours entretenu des relations privilégiées avec les tsiganes, dont les monarques prenaient souvent ombrage… Témoin les mesures sévères prises par Colbert dans son édit contre les « Bohémiens ». Je t’embrasse en pardonnant à tous tes fiancés de Sacile !

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