Contrastes dans le peu d’empressement : être réfractaire

Réfractaire se dit de la brique qui cuit à point une bonne pizza, étant entendu que la farine et le tour de main y ont leur part décisive ; réfractaire fut dit du clergé qui communia le jeune Jean-Marie Vianney, quand les émules des soi-disant lumières (qu’on devrait dire obscurantistes) assassinaient, au nom d’une puissance bien dans le goût des Hébreux (Être suprême ou Raison), tous ceux qui rechignaient à se soumettre (et les plus humbles étaient les premiers, paysans vendéens par exemple, à se faire couper en morceaux). Ceux-là ne furent pas médaillés, il faudra compter avec la fausse conscience de cette nation blablateuse pour voir éclore des médailles du réfractaire (au STO). L’homme contemporain, grand athlète du plaisir (de la femme évidemment), comptable généreux de son propre bien-être, quand il a bien joui, connaît, sans gêne, une période réfractaire : l’instant d’avant prêt à n’importe quelle folie pour y arriver, le voilà méditatif, un rien distant. C’est sur lui qu’il faut finir : la civilisation a les fruits qu’elle mérite.

« L’obscurantisme est revenu mais cette fois, nous avons affaire à des gens qui se recommandent de la raison. Là devant on ne peut pas se taire. » Entretien (1999) avec Pierre Bourdieu, courageux sociologue (?) très surfait, – passant sous silence ses deux siècles de retard…

 

 

 

 

 

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« Pas vous, pas ça ! »

Une Française d’origine plutôt récente est mise ces temps-ci au pilori pour avoir annoncé avec désinvolture, sur son téléphone portable, le trépas d’une idole de la pensée-comme-il-faut, disparue à un âge enviable après un début d’existence vécu sous la plus infecte terreur. La dame du texto incriminé, une communicante abritée sous quelque plafond doré de la république, incarne en tous points, quelque immense ou indiscutable que soit sa capacité, ce que la racaille politicienne sait faire de la couleur de peau ou des utérus, à savoir des pancartes (des panneaux électoraux) pour la moins digne des propagandes. Mais comme l’époque ne sait plus juger sur pièces et accuse tous les chiens d’être enragés pour les noyer, on va, ici même, lui mettre son nez dans son caca. Que la dame communicante – autant dire une autiste – ait manqué de respect à l’image (digne des boutiquiers de la rue Saint-Sulpice) de l’icône défunte ne nous semble pas mériter autre chose qu’un discret coup de pied au cul de la part de son patron. « Yes, la meuf est dead . », tel est, si l’on peut dire, le texte du texto. Voilà, pour quelqu’un qui n’aurait pas perdu le sens commun, la faute irrémissible : cette dame qui appartient à la très haute bourgeoisie africaine (c’est-à-dire pas représentative pour un rond de l’Afrique sinon sous les espèces de la collaboration postcoloniale entachée de fric et de culture occidentale formellement progressiste), cette dame, par ce sous-texte, a craché à la gueule de l’anglais, de l’argot, et pissé sur la tombe du français. En utilisant yes et dead, elle s’égale gentiment à Keats en partant de Shakespeare mais sans se fatiguer ; en employant meuf, elle recourt à la part désormais la plus répandue de l’argot, le verlan, automatisme banal de l’inversion syllabique additionnée d’apocope. Pas un hasard si les petits caïds de banlieue ne connaissent que cette version-là, faute de temps (le trafic est prenant) pour faire l’apprentissage de la réelle créativité argotique, aujourd’hui tombée en désuétude. Quant à pisser sur les pierres tombales – même Sartre s’y est essayé – ce n’est de nulle importance : pour celui qui est dessous le mal est fait ! Madame, moi qui ai un respect bien supérieur au vôtre pour les damnés de la terre (que vous déshonorez un peu par assimilation hâtive), je pense qu’on n’a pas rendu justice à votre forfait : on devrait vous mettre en examen pour attentat contre la langue (peu importe laquelle). Et dans la langue de zombies de la télévision, je vous adresse un solennel : « Pas vous, pas ça ! »

 

 

 

 

 

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Mauvais usage

Dans un récent séminaire, pour en recommander la lecture, peut-être l’usage formel, un serviteur de Dieu a qualifié le modeste travail de Spinoza d’œuvre qui pense puissamment. L’auxiliaire des séraphins, pensais-je, ne manque pas d’air. Réduire le splendide solitaire de La Haye à un outil de précision, fût-il prestigieux, et sans référence aucune aux notions de vérité ou d’adéquation, quelle absence de vergogne ! La superstition ne doute décidément de rien. Un matin que, dans le cours d’un réveil embrumé, je repensais à la puissante assertion de l’ecclésiastique, je vis comme en rêve cette saynète : un homme aux prises avec une porte battant dans le vent se saisissant d’une magnifique guitare de palissandre et s’employant à faire cesser le battement en utilisant le divin instrument comme une vulgaire cale. C’est à cela que conduit la foi qui se pique de raisonner : à une mécanique dérisoire, un Meccano pour grands enfants.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Chef d’État

À celui qui, n’ayant encore rien fait, se voit déjà en grand homme, il faut indiquer que la morgue ne suffira pas ; et quant à la jeunesse dont il entend faire une qualité intrinsèque, il suffit d’ajouter que la morve ne prouve rien.

 

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Un apologue

Courtepatte, ancien petit président vindicatif, trouve beaucoup de qualités à Pattefolle, nouveau président et apprenti thaumaturge, ce que n’avait pas su mériter Pataud, petit gros mollasson président de l’entre-deux, il est vrai particulièrement vaniteux, veule, paresseux. Courtepatte renouvelle ainsi notre attirail de locutions : il s’agit, dans cet éloge de Pattefolle, d’un hommage du vice au vice. Mais tous trois ont en commun ce qui fait de nos jours l’homme d’état authentique : un goût incurable pour les miroirs, une inculture achevée qui conduit à dire des énormités sur l’histoire, la vie des sociétés et le destin des pauvres – et l’usage parfaitement involontaire d’une langue de merde.

 

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QCM

L’hurluberlu vaguement diplômé, jeune comme un septuagénaire qui n’aurait rien appris, que mes concitoyens somnambules se sont choisis comme guide suprême n’a pas attendu pour déployer la palette de ses capacités d’analyse. Félicitant la coqueluche des petits débiles des bancs d’école, un cosmonaute à la pensée aussi plate qu’il est monté haut, à ce héros retour de mission, le premier magistrat a dit, pour noter la réussite complète : « Vous avez coché toutes les cases ! » Ça ne s’invente pas : la vie comme un questionnaire à choix multiples (qcm) ! C’était bien la peine que l’histrion en costume bleu pétrole et aux semelles comme des pelles à tarte ait fait telle école supposée de premier plan. On s’étonnera ensuite qu’une ou deux racailles munies de kalachnikovs pour convaincre braquent un rectorat en vue d’obtenir la grille corrigée d’un quelconque qcm. À nous le diplôme ! Et pourquoi pas vous, après tout ? Le crétin en chef vous aura montré la voie. Cochez toutes les cases, case prison comprise.

 

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Bécassines et étourneaux s’en vont voter

Comme vos caquetages en ont fait du bruit, la dernière fois, quand vous crépissiez de fientes dérisoires les parois de vos cages dorées ! Et cette fois-ci, la resucée passe comme une lettre à la poste ! Pas un mot ou c’est tout comme. Vous connaissant, ce ne peut être par galanterie envers la dame à tête de choucroute ramollie ; ma parole, vous devez être tous en vacances, dromomaniaques parcourant le globe irrespirable à la recherche de l’autre. La clé au fond, c’est que vos indignations sont en carton-pâte et que, si la dame va perdre, vous vous avez perdu depuis longtemps toute dignité.

 

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De la guerre civile

Quelque temps qu’il nous ait laissé, trois siècles et demi plus tard, Blaise Pascal a toujours un brin d’avance sur nos modestes (et oublieuses) facultés de penser : il avait compris et posé que le pire des maux, à éviter quels que soient les moyens ou le coût, est la guerre civile.

Dans notre époque, malgré qu’en ait le verbe impuissant des pitres du Barnum politicien, on dirait qu’il ne faille plus exclure les perspectives de guerre civile. Le hiatus sidérant, d’une ampleur intersidérale, entre une poignée de riches et la masse engluée des pauvres et quasi-pauvres, le dépeçage par des politiques futiles, inefficaces, effroyablement coûteuses (frais de bouche, de costume, des raclures représentatives) des détenteurs de revenus moyens, le racket fiscal, donc, d’une classe moyenne en voie d’amaigrissement radical, les ghettos urbains où, sur fond d’imputations proprement douteuses de responsabilité du colonialisme, de racisme imaginaire, de discriminations fantasmées, des mafieux et des religieux font régner leurs mœurs et leur loi – autant de tonneaux de poudre remplis à ras bord qui n’attendent plus que l’étincelle de quelques histrions toujours en quête d’un rôle social susceptible de tromper l’ennui de leur foncière inutilité : intellectuels-fonctionnaires, syndicalistes dispensés de travail, gauchistes à la retraite… L’apparition du fauteur d’insurrection n’est pas récente. Me revient le souvenir lancinant, térébrant, de ces fiers maoïstes un peu crasseux qui, à la sortie de nos universités, prenaient à partie de jeunes américaines, propres sur elles et dessous elles, leur enjoignant de retourner sur le champ dans leur maudite république impériale… au nom de la lutte héroïque du peuple vietnamien ! De bien beaux faits d’armes se sont accomplis en ce temps-là, dont parlent encore les anciens combattants des cabinets ministériels (pensionnés à vie dans la fonction publique). On mentionnera pour mémoire la sainte cause de la Palestine (arabe) que les mêmes héros de la lutte salivaire célèbrent, de temps immémorial, à coup de harangues bruyantes dans des défilés maigrichons. L’autre hier, étant dans un café (où les femmes sont absentes) tenu par des kosovars, j’éprouvai le besoin de faire le jeune chien en même temps que de vérifier les éléments d’un savoir encore embryonnaire. Deux colosses au crâne rasé, genre souteneur ou combattant de la guerre d’indépendance (qualités nullement exclusives l’une de l’autre), buvaient leur café. Il me sembla une riche idée, sur le mode plaisant, de leur prétendre que j’étais serbe. Quand l’un des deux sortit pour fumer une cigarette, il se tourna vers moi et, sur un ton qui ne prêtait pas à ambiguïté, me dit : « Beaucoup de gens sont morts, beaucoup d’autres ont souffert – il ne faut pas plaisanter avec ça ! »

Par pitié, messieurs les kosovars, foutez-nous la paix avec vos querelles ! Foin des produits d’importation… Nous avons assez de nos incendiaires en chambre, anciens staliniens, trotskistes, maoïstes recyclés à l’Académie Française, journalistes n’ayant pas lu un livre depuis Sciences-Po, pour ne rien dire de la racaille politicienne, sans exception corrompue jusqu’à l’os et prête à tout pour durer.

 

 

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Les journalistes (encore) !

Un journaliste soi-disant indépendant du service dit public nous propose cette analyse, étourdissante de pertinence, de la situation critique internationale : « un affrontement de mâles dominants ». Si cet abruti échappé de fraîche date du divan de son ethnopsychanalyste a raison, se rend-il compte, alors, que ses consœurs journalistes sont toutes des femelles séductrices, mamans castratrices ou putains captatrices – au choix.

 

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Un palmipède qui se dit dans les chaînes

Je n’ai jamais compris comment des esprits supposément supérieurs pouvaient accorder la moindre attention à ce torchon composé de ragots propagés et de gorges chaudes faites par des trous du cul de petits fonctionnaires, par définition inoccupés et envieux. Nul besoin de ce garant prétendu de la vertu pour débusquer le plus petit des scandales : la « nature » humaine, c’est-à-dire la puante jalousie, y pourvoit toujours. Pour moi, un bourgeois qui lit ce torchon, ou encore L’Équipe, est purement et simplement un imbécile qui s’ignore !

 

 

 

 

 

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