L’œil et le nez

Le petit gros veule qui l’a précédé avait au moins aperçu quelques pauvres en chair et en os, assez pour constater que, faute de soins, il leur manque souvent des dents. Le premier de cordée aujourd’hui aux commandes (avec, soit dit en passant, le gracieux patronage des meilleurs fabricants de matériel d’escalade), lui, n’a vu de pauvres que dans ses polycopiés des écoles qu’on dit grandes. On gage que ses narines n’en ont pas été offusquées.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Habitants. Haute époque par la grâce des édiles

Le sol des villes n’a plus aucun égard pour le pied du promeneur – entre goût exécrable des revêtements et rugosités de toute nature : ce qu’ils appellent (pour le plaisir du paradoxe ?) piétonisation. Pendant trente années dites de gloire, il avait l’excuse de n’être qu’un chantier, lequel a dissimulé ce qui se tramait nécessairement : le travail discret de la champignonnière à ghettos, par quoi la cause est désormais entendue. Les édiles, au moyen de deux ou trois abstractions erronées, en pleine méconnaissance des conditions d’existence autres que la leur (celle de tout petits oligarques dans un peu de coton), ont favorisé le découpage, avec l’assentiment obligé des possédants (seuls capables de les aider financièrement à faire main basse sur le bulletin de vote des malins ou des abusés qui y croient encore), ont procédé à la partition du territoire entre centre ancien très cossu, lieu réputé festif par excellence, vastes banlieues arborées aux propriétés ceintes de vieux murs, qui seront bientôt gardées manu militari… et tristes concentrations humaines coincées entre grandes voies de circulation et dépotoirs collectifs. Quant à ceux qui auront les moyens de se voir mourir longtemps, ils trouveront place dans des établissements permanents d’habitation dirigée.

 

 

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Arabes et tsiganes et tant d’autres

Otomani, le 16 juillet.

N’exister que dans le regard d’autrui est la seule vraie insuffisance et la blessure la plus mortelle.

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Un premier communiant (d’il y a longtemps)

Avant chacune des rencontres inespérées mais proprement féeriques qu’elle lui réserva, sans même qu’il s’en rendît compte, il toilettait son âme comme faisaient les jeunes gens de toute confession qui naguère veillaient jalousement à leur tenue (sur celle de leur âme aussi ?), dans la première grande occasion consciente de leur vie religieuse (– ceci du temps d’avant le suicide des religions, prélude à l’assassinat généralisé…)

 

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Athéologie

En ces beaux jours mélangés de pluies d’orage, les Témoins de Jéhovah sillonnent le coteau radieux où crèchent les opulents. (Étrange terre de mission !) Cravates bariolées et eaux de toilette rivalisent d’élégance colorée et parfumée avec le lys martagon et les rosiers grimpants. Mais comment ces hérauts du Père Éternel ont-ils pu imaginer qu’il reste la moindre place vacante dans le panthéon des habitants de ce petit paradis à flanc de coteau ? Chez de si fervents serviteurs (et pleins de scrupules avec ça !) de Mammon, d’Éros et de Niké, pas une chapelle latérale, pas la moindre petite niche déserte pour accueillir une divinité supplémentaire. Vous les champions toutes catégories de la conversion, que ne redescendez-vous vers les quartiers ? Les pauvres sont pour vous pain béni, de la pure chair à bénédiction, quoique Dieu ne soit pas tout à fait pour les pauvres. Quant aux riches, je gage, je sais, qu’ils s’en tamponnent le coquillard.

 

 

 

 

 

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Un dimanche à Grassiano, cité arrogante et creuse

Ô progressistes d’opérette, on trouve d’étranges choses sous le pneu de vos montures dérisoires : inscrit au pochoir sur le sol de la piste cyclable, cet avertissement enveloppé dans une élévation aberrante de la partie à la dignité du tout : en toutes lettres : « vagins vigilants »

 

 

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Manger le morceau

Quand une princesse porte un nom de voiture et une voiture un nom de dynastie turco-persane, les contes de fées ou des mille et une nuits rendent alors leur eau la plus sale : c’est que désormais ils servent uniquement à vendre.

 

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Mort de la langue (exemple d’un masque (mortuaire) acoustique)

Entendu dans la rue de la part d’un individu jeune, blanc, d’apparence saine et éduquée :

« Tu me dis que c’est potentiellement pas lié à elle. »

Proposition de traduction simultanée (in petto) de ma part :

« Tu me dis que, si ça se trouve, elle n’y est pour rien. »

Cause plus que probable de l’effroyable galimatias : l’influence active, de fait victorieuse, de la télévision, du corps professoral et des prétendus réseaux sociaux.

« Cette forme langagière d’un homme, la constance de sa façon de parler, ce langage, qui a été engendré avec lui, qu’il a pour lui tout seul, qui disparaîtra avec lui, c’est ça que j’appelle le masque acoustique. » Elias Canetti

 

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Le culot du mahométan

Je ne sais pas appareiller pour mes dix kilomètres de marche nordique quotidienne sans lester ma vessie d’un bon litre de thé vert. S’ensuit, dans le cours de mon déplacement, ce qui est inévitable : trois ou quatre mictions limpides plutôt abondantes, au creux d’un chemin, derrière un bosquet quand c’est possible. Il y a peu, tandis que je longeais la rivière Isère, il prit à mon corps la fantaisie d’arroser les herbes folles de la berge. Dos tourné à une piste cyclable (qui est le ruban fétiche des autochtones du cru), j’entendis soudain cette mise en garde : « Ça, c’est interdit ! ». J’en demande pardon au Dieu des naïfs mais je reconnus sans me retourner un mahométan, pour comble un piéton ! à qui je répliquai, plutôt bonhomme : « Non – je ne crois pas… » Sans ralentir sa marche, le sectateur du prophète insista sur le thème de l’interdiction. Alors, je lui recommandai, mot pour mot, d’aller se faire foutre. Sur quoi il me retourna le compliment, chacun de nous poursuivant sa route, probablement soulagé d’avoir célébré de concert la félicité des sodomites. Illico, cependant, mon esprit s’engrena dans des pensées toutes dévolues aux gaîtés de la vie en régime totalitaire. Si le contrôle des poids et mesures semble d’une radicale utilité pour préserver la paix sociale, grâces soient rendues au bienveillant muhtasib, là s’arrête mon goût pour la surveillance des corps et des esprits, le sondage des cœurs et des reins, surtout quand ils sont confiés à la misère envieuse de douteux bénévoles. Mes contribules de la cité arrogante et creuse me sortent par les yeux. Entre l’adulation aveugle de leur corps si corruptible, leurs pérégrinations ineptes aux quatre coins d’un monde-lupanar pour touristes héliotropes, la poursuite d’un farniente précurseur explicite du néant, toute entente avec eux relève de l’utopie. Si, s’ajoutant à cela, la police des mœurs musulmanes devait voir ses agents se multiplier comme champignons après la pluie, je demande comme une faveur qu’on veuille bien m’indiquer la réserve prévue pour héberger l’exil des sauvages de ma sorte. Je ne suis pas difficile : Laponie ou Afrique équatoriale, peu me chaut !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Une marionnette

Il n’est pas nécessaire de se rouler aux pieds du Congrès américain comme un caniche avide de caresses pour gagner ses galons d’homme d’État (comme ils disent). Il n’y a d’ailleurs pas d’exemple d’homme éminent dont on ait pu dire qu’il accablait ses hôtes ou ses visiteurs de papouilles protocolaires.

 

 

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Le temps des glycines

Pour la belle dame qui tire le sang d’une veine, cette rêverie qui a au moins deux printemps. N’y manque que les bruyères des crêtes vosgiennes – mais il s’agit d’autres saisons…

Au rebours de la plupart de nos vies, le mois d’avril se termine en apothéose. Selon un pur arbitraire, je fais ouvrir la marche de ce temps par l’arbre de Judée dont la fleur rose pourpre vif semble surgir du bois des branches et du tronc ; la splendeur, voltigeante quoiqu’immobile, des innombrables fleurs de fruitiers l’environne, images mêmes de l’éphémère, de ce qui passe devant nos yeux sans que nous ayons le courage ou la force de le retenir. C’est le temps des lilas, des pervenches, pareillement blancs ou bleus, des iris pallida que j’aime tant, longues paysannes sans hanches aux lisses tabliers vert cru et aux chevelures violacées, panachées d’une mince flamme jaune ; le temps des jonquilles, les vraies (pas les opulentes des jardins) avec leurs minces corolles resserrées, belles comme des offrandes discrètes, de ces jonquilles que l’écolier vosgien cueillait, par dizaines de bouquets, pour habiller les chars de la fête du même nom. Le coquelicot me serre le cœur, si simple de structure, si pauvre, si fragile et si beau dans son éclatant contraste avec les prés si verts. Et que dire de son passage si rapide, plus inconstant qu’une vie ? Je ne vois que la fleur de pissenlit, la pâquerette, la primevère ou le coucou pour faire moins emprunté, plus peuple. Mais viennent maintenant, pour fermer la marche, les reines suivies de leurs traînes profuses, les vieilles glycines qui agrippent de leurs bras noueux les vieux murs. Dans leur vie on ne peut plus brève, je veux dire leur brève floraison, ce sont d’immenses congères, des accumulations de neige violacée arrêtées à quelques pas du sol dans une distillation, un concentré d’odeur et de couleur. Puis c’est leur déroute, leur gris vieillissement, métaphore, s’il en était besoin, de notre passage à tous.

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Fin de l’amour : paroles de femme sous le signe de la cruauté (désinvolte et veule)

« On a fait l’amour toute la nuit (la dernière) – et j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps ! » Ingénuité feinte ou sincère de celle qui tourne la page : c’est tout de même le triste secret de polichinelle de la séparation que la découverte des vertus aphrodisiaques de l’irrémédiable…

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