Rencontre sur le coteau dans la brume du petit matin

Il y a maintenant dans le regard des femmes croisées inopinément la hantise du producteur américain avide, veule et insatiable ou celle de l’islamologue parfait interprète du coran qui considère toutes les femmes avec l’œil du propriétaire d’un champ à labourer. L’obsession du plaisir à quoi s’ajoute son exact homologue économique (la recherche forcenée de la liquidité) nous ont fait un monde épatant. Les politiciens et leurs thuriféraires stylés (les journalistes) en soient remerciés.

 

 

 

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L’ange et le rat

Marx dit quelque part, et peu m’importe où puisque mon faible esprit s’en est nourri, qu’il ne suffit pas que la théorie aille à la rencontre de la réalité mais que, puissante intuition de sa part, il est recommandé que, de temps à autre, la réalité se fraie un chemin vers la théorie. L’onomastique ou science des noms est l’outil anthropologique par excellence, nettement mélangé d’historicité, qui répond à cette merveilleuse exigence. Porter un nom c’est aussi être porté par ce nom. Un épisode tout chaud de notre vie en société permet de le vérifier avantageusement, péripétie relevant tant du fait divers que de la gazette judiciaire et portée à nos oreilles par la dissonante trompette médiatique toujours prompte aux glapissements d’indignation. Voici les faits : en ce temps-là notre république est en proie à un de ces mouvements qualifiés pompeusement de sociaux, lequel s’éternise quelque peu. Des jeunes gens échappés du ghetto de l’aisance, habitants des beaux quartiers et clients des terrasses à apéritif, ont décidé de se coucher à l’aube pour exprimer leur révolte radicale contre la misère du monde. Parmi eux, en mal de guerre civile espagnole, les arrières-petits enfants d’un des plus grands écrivains français du vingtième siècle : Angel et Antonin. À moi prodiges de l’onomastique ! Angel : on voit s’entrebâiller les cieux et voleter des émissaires divins ; Antonin : des empires se font et se défont dans un grand fracas d’armes. À n’en pas douter, des individus si supérieurs ont été conçus sous les moulures de spacieuses chambres haussmanniennes, ils sont les résultats aléatoires de beaux projets de vie. Voulant se montrer dignes de leur fabuleux destin nos deux héros se sont institués défenseurs des migrants, des pauvres, de je ne sais quoi encore, de la Palestine évidemment, etc. En compagnie de leurs camarades du mouvement (social) Bacchanale Nocturne, ils patrouillent dans les rues de la capitale, ulcérés par la multiplication des « violences policières ». Ne voilà-t-il pas qu’ils tombent sur une miteuse petite voiture de police, égarée loin de sa base, isolée. En plein Paris, ils vont, ô paradoxe, faire à cette modeste calèche une conduite de Grenoble. Le pare-brise arrière est pulvérisé, un engin incendiaire est projeté dans l’ouverture pendant qu’un combattant masqué boxe le policier immobilisé derrière le volant. La voiture s’embrase, les deux flics sont faits comme des rats, il s’agit d’un homme et d’une femme, des policiers du rang qui s’extraient en catastrophe du véhicule. Ils se nomment respectivement Kevin et Allison. (Kevin affronte à mains nues, avec courage et sang-froid, un agresseur armé d’une barre de fer que des témoins dissuadent de continuer ; les minus habens du web, toujours à court d’imagination comme d’intelligence, appelleront Kevin le policier Kung Fu). Examinons sous le microscope de la science des noms comment on peut baptiser ses enfants Kevin et Allison. Nous avons vu les circonstances lumineuses de l’engendrement de certains hérauts du progrès, la probabilité est grande que Kevin ou Allison ait été conçu lors d’une soirée bières-cacahuètes sur un canapé acheté à crédit, devant un écran plat acquis plus ou moins régulièrement et animé par des personnages de séries américaines. Cela dit, ces rats-gardiens de l’ordre, tout juste bons à être brûlés vifs, m’inspirent des sentiments de tendresse humaine et de solidarité sociale aux antipodes de ce que me font éprouver les prurits colériques de la jeunesse dorée progressiste. Même si ce n’est vraiment pas de saison, je demande maintenant au lecteur de se recueillir un court instant afin de mieux lire, à haute voix, ce qui suit. « Et en effet, encore qu’un rat autant qu’un ange, et la tristesse autant que la joie, dépendent de Dieu, pourtant un rat ne peut être une espèce d’ange ni la tristesse une espèce de joie. Par là, j’estime avoir répondu à vos objections… » (Lettre à Blyenbergh du 13 mars 1665)  Spinoza a tout résumé. Pour moi, la messe est dite.

 

 

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Scandale de la vérité

Quand, sur votre medium préféré (autant dire pas le choix puisqu’ils racontent tous la même chose à qui mieux mieux), vous entendrez une phrase commençant par « C’est vrai que » soyez assuré que ce qui suit est un mensonge ou, au mieux, une banalité confondante à forte inflexion égocentrique. Dans les deux cas il s’agira d’idées inadéquates, feintes, confuses ou douteuses, c’est-à-dire fausses.

«Le scandale n’est pas de dire la vérité, c’est de ne pas la dire tout entière, d’y introduire un mensonge par omission qui la laisse intacte au dehors, mais lui ronge, ainsi qu’un cancer, le cœur et les entrailles. Je sais qu’un tel propos fera sourire un grand nombre de dignitaires d’Action Catholique et de prélats politiques. Mais moi, je ne me lasserai pas de répéter à ces gens-là que la vérité ne leur appartient nullement, que la plus humble des vérités a été rachetée par le Christ, qu’à l’égal de n’importe lequel d’entre nous, chrétiens, elle a part à la divinité de Celui qui a daigné revêtir notre nature, – consortes ejus divinitatis, – entendez-vous, menteurs ?»

Georges Bernanos

 

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Pierre de touche

Au moyen de leurs vitrines, tous les libraires rendent de nos jours un service inédit : il suffit de tenir compte de ce qu’ils mettent en évidence pour savoir, sans risque de se tromper, ce qu’il ne faut pas lire.

 

 

 

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Contrastes dans le peu d’empressement : être réfractaire

Réfractaire se dit de la brique qui cuit à point une bonne pizza, étant entendu que la farine et le tour de main y ont leur part décisive ; réfractaire fut dit du clergé qui communia le jeune Jean-Marie Vianney, quand les émules des soi-disant lumières (qu’on devrait dire obscurantistes) assassinaient, au nom d’une puissance bien dans le goût des Hébreux (Être suprême ou Raison), tous ceux qui rechignaient à se soumettre (et les plus humbles étaient les premiers, paysans vendéens par exemple, à se faire couper en morceaux). Ceux-là ne furent pas médaillés, il faudra compter avec la fausse conscience de cette nation blablateuse pour voir éclore des médailles du réfractaire (au STO). L’homme contemporain, grand athlète du plaisir (de la femme évidemment), comptable généreux de son propre bien-être, quand il a bien joui, connaît, sans gêne, une période réfractaire : l’instant d’avant prêt à n’importe quelle folie pour y arriver, le voilà méditatif, un rien distant. C’est sur lui qu’il faut finir : la civilisation a les fruits qu’elle mérite.

« L’obscurantisme est revenu mais cette fois, nous avons affaire à des gens qui se recommandent de la raison. Là devant on ne peut pas se taire. » Entretien (1999) avec Pierre Bourdieu, courageux sociologue (?) très surfait, – passant sous silence ses deux siècles de retard…

 

 

 

 

 

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« Pas vous, pas ça ! »

Une Française d’origine plutôt récente est mise ces temps-ci au pilori pour avoir annoncé avec désinvolture, sur son téléphone portable, le trépas d’une idole de la pensée-comme-il-faut, disparue à un âge enviable après un début d’existence vécu sous la plus infecte terreur. La dame du texto incriminé, une communicante abritée sous quelque plafond doré de la république, incarne en tous points, quelque immense ou indiscutable que soit sa capacité, ce que la racaille politicienne sait faire de la couleur de peau ou des utérus, à savoir des pancartes (des panneaux électoraux) pour la moins digne des propagandes. Mais comme l’époque ne sait plus juger sur pièces et accuse tous les chiens d’être enragés pour les noyer, on va, ici même, lui mettre son nez dans son caca. Que la dame communicante – autant dire une autiste – ait manqué de respect à l’image (digne des boutiquiers de la rue Saint-Sulpice) de l’icône défunte ne nous semble pas mériter autre chose qu’un discret coup de pied au cul de la part de son patron. « Yes, la meuf est dead . », tel est, si l’on peut dire, le texte du texto. Voilà, pour quelqu’un qui n’aurait pas perdu le sens commun, la faute irrémissible : cette dame qui appartient à la très haute bourgeoisie africaine (c’est-à-dire pas représentative pour un rond de l’Afrique sinon sous les espèces de la collaboration postcoloniale entachée de fric et de culture occidentale formellement progressiste), cette dame, par ce sous-texte, a craché à la gueule de l’anglais, de l’argot, et pissé sur la tombe du français. En utilisant yes et dead, elle s’égale gentiment à Keats en partant de Shakespeare mais sans se fatiguer ; en employant meuf, elle recourt à la part désormais la plus répandue de l’argot, le verlan, automatisme banal de l’inversion syllabique additionnée d’apocope. Pas un hasard si les petits caïds de banlieue ne connaissent que cette version-là, faute de temps (le trafic est prenant) pour faire l’apprentissage de la réelle créativité argotique, aujourd’hui tombée en désuétude. Quant à pisser sur les pierres tombales – même Sartre s’y est essayé – ce n’est de nulle importance : pour celui qui est dessous le mal est fait ! Madame, moi qui ai un respect bien supérieur au vôtre pour les damnés de la terre (que vous déshonorez un peu par assimilation hâtive), je pense qu’on n’a pas rendu justice à votre forfait : on devrait vous mettre en examen pour attentat contre la langue (peu importe laquelle). Et dans la langue de zombies de la télévision, je vous adresse un solennel : « Pas vous, pas ça ! »

 

 

 

 

 

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Mauvais usage

Dans un récent séminaire, pour en recommander la lecture, peut-être l’usage formel, un serviteur de Dieu a qualifié le modeste travail de Spinoza d’œuvre qui pense puissamment. L’auxiliaire des séraphins, pensais-je, ne manque pas d’air. Réduire le splendide solitaire de La Haye à un outil de précision, fût-il prestigieux, et sans référence aucune aux notions de vérité ou d’adéquation, quelle absence de vergogne ! La superstition ne doute décidément de rien. Un matin que, dans le cours d’un réveil embrumé, je repensais à la puissante assertion de l’ecclésiastique, je vis comme en rêve cette saynète : un homme aux prises avec une porte battant dans le vent se saisissant d’une magnifique guitare de palissandre et s’employant à faire cesser le battement en utilisant le divin instrument comme une vulgaire cale. C’est à cela que conduit la foi qui se pique de raisonner : à une mécanique dérisoire, un Meccano pour grands enfants.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Chef d’État

À celui qui, n’ayant encore rien fait, se voit déjà en grand homme, il faut indiquer que la morgue ne suffira pas ; et quant à la jeunesse dont il entend faire une qualité intrinsèque, il suffit d’ajouter que la morve ne prouve rien.

 

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Un apologue

Courtepatte, ancien petit président vindicatif, trouve beaucoup de qualités à Pattefolle, nouveau président et apprenti thaumaturge, ce que n’avait pas su mériter Pataud, petit gros mollasson président de l’entre-deux, il est vrai particulièrement vaniteux, veule, paresseux. Courtepatte renouvelle ainsi notre attirail de locutions : il s’agit, dans cet éloge de Pattefolle, d’un hommage du vice au vice. Mais tous trois ont en commun ce qui fait de nos jours l’homme d’état authentique : un goût incurable pour les miroirs, une inculture achevée qui conduit à dire des énormités sur l’histoire, la vie des sociétés et le destin des pauvres – et l’usage parfaitement involontaire d’une langue de merde.

 

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QCM

L’hurluberlu vaguement diplômé, jeune comme un septuagénaire qui n’aurait rien appris, que mes concitoyens somnambules se sont choisis comme guide suprême n’a pas attendu pour déployer la palette de ses capacités d’analyse. Félicitant la coqueluche des petits débiles des bancs d’école, un cosmonaute à la pensée aussi plate qu’il est monté haut, à ce héros retour de mission, le premier magistrat a dit, pour noter la réussite complète : « Vous avez coché toutes les cases ! » Ça ne s’invente pas : la vie comme un questionnaire à choix multiples (qcm) ! C’était bien la peine que l’histrion en costume bleu pétrole et aux semelles comme des pelles à tarte ait fait telle école supposée de premier plan. On s’étonnera ensuite qu’une ou deux racailles munies de kalachnikovs pour convaincre braquent un rectorat en vue d’obtenir la grille corrigée d’un quelconque qcm. À nous le diplôme ! Et pourquoi pas vous, après tout ? Le crétin en chef vous aura montré la voie. Cochez toutes les cases, case prison comprise.

 

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