Mon amour multiple

Elle est séduite par la notion de vies multiples, laquelle est colportée, portée en bandoulière, par un philosophe à la mode, autant dire à la mie de pain. Eh bien, qu’elle vive autant de vies qu’elle voudra, je ne vais pas renoncer à ce que je connais de plus précieux pour si peu : une sordide question de propriété !

 

 

 

 

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« Papa pourquoi le monsieur il est tout nu !? »

À la belle saison, je quitte le centre de la cité (arrogante et creuse) en marche dite nordique, par des chemins discrets et détournés, sans juger utile de couvrir mon torse avantageux, crainte que la chaleur ne m’assaille d’emblée, et portant, rentré dans la ceinture de mon cuissard, un tricot de peau arachnéen que je revêtirai au retour pour épargner la pudeur de mes imbuvables concitoyens. C’est dire si je suis vraiment un tout petit exhibitionniste. Las ! c’est compte non tenu de la rouerie polymorphe du tout jeune enfant. Trop souvent, parvenu aux faubourgs, il m’arrive de croiser un père ou une mère accompagné de son fils ou sa fille, le sexe ne changeant rien à l’affaire, et, invariablement, retentit l’exclamation (sur la probabilité de laquelle je parierais gros à chaque fois) : « Papa, Maman, pourquoi le monsieur il est tout nu ? » Aux antipodes de ce que postulent nos dérisoires « chercheurs » en anthropologie, sociologie, ou autre, pas besoin d’aller chercher midi à quatorze heures. En bons petits sycophantes, courtisans quémandant la faveur de plus puissants qu’eux, ces adorables petits lèche-cul savent très bien que je suis seulement torse nu, mais me prétendre tout nu fait d’eux d’inflexibles défenseurs de la décence, des moralistes en herbe. Sous les meilleurs auspices (et les plus tristes), ils inaugurent ainsi leur carrière sociale.

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Cette foutue nation libérale-bolchevique

Quand, dans ce pays que j’estime si peu, je rencontrerai un progressiste qui ne devra pas tout au secours philanthropique de l’état : allocations, rente, salaire, pension, monopole, position dominante… j’en passe et de plus coruscants qui jettent une lumière glauque sur les fondements antidémocratiques de notre société – le jour où je rencontrerai un citoyen franc, proprement désintéressé, chez qui, à la différence de ses congénères, la reconnaissance du ventre ne le disputera pas à la peur de perdre comme cause de ventriloquie progressiste, ce jour-là, peut-être, je me mettrai à croire au Progrès.

 

 

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Assise d’une psychologie

Les ressorts psychologiques de la littérature d’aujourd’hui sont au mieux de robustes ressorts de fauteuil, tout juste bons à absorber l’ennui d’une soirée (dans l’hypothèse d’un fessier pas trop regardant). Cela vaut pareillement pour le cinéma.

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Pillards et hédonistes

J’y reviens. Ceux-là qui faisaient l’amour toute la nuit précédant leur séparation me font penser, avec infiniment moins de tendresse ou d’indulgence, aux émeutiers de la faim qui quittent les lieux du pillage en remplissant leurs poches de billets de banque, en se chargeant de victuailles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Une formule de politesse

Jointe à mon espièglerie, mon insoumission native m’avait conduit dans le bureau directorial, devant le proviseur de cet établissement réservé aux rejetons des classes supérieures de la cité, pour recevoir une semonce d’anthologie. Front baissé, je laissais couler sur ma face indigne un flot de reproches agrémenté de menaces ; je bouillais intérieurement mais savais d’expérience que, un jour ou l’autre, il m’en cuirait nécessairement, je me savais donc coupable par nature. Quand le dignitaire eut fini de me pourrir, il me dit : « Vous pouvez disposer. » Je n’avais pas la moindre idée de ce que cela pouvait bien signifier. Il répéta : « Vous pouvez disposer. » sur un ton qui m’indiqua que j’allais au devant de quelque ennui supplémentaire. Lapin dans les phares d’une automobile, je ne bougeai pas, comme fasciné par l’imminence du désastre. Soudain rouge écarlate, il hurla (comme s’il avait craché) : « Foutez le camp ! » Les joues en feu, humilié comme jamais, je pris la porte.

 

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Un nouveau départ

Nos corps à nous ne s’entrelacent pas comme les lignes d’un pur motif illusoire, décoratif. Nos corps s’enchevêtrent comme les parties d’une charpente à l’ancienne, toi cheville moi chevron, moi tenon toi mortaise ou bien si c’est l’inverse… Charpente d’une antique maison de Bichkek où nous passerons notre éternité à écouter les neiges de Finlande tomber sur les Noëls d’Aubervilliers. Sur nos quatre épaules de marins immobiles notre rêve fera le tour du monde. Quand ton pied, long, mince, racé, quitte le creux de ma main, mon cœur se vide comme ma main – pour se remplir encore du cher espoir de ta venue.

 

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L’œil et le nez

Le petit gros veule qui l’a précédé avait au moins aperçu quelques pauvres en chair et en os, assez pour constater que, faute de soins, il leur manque souvent des dents. Le premier de cordée aujourd’hui aux commandes (avec, soit dit en passant, le gracieux patronage des meilleurs fabricants de matériel d’escalade), lui, n’a vu de pauvres que dans ses polycopiés des écoles qu’on dit grandes. On gage que ses narines n’en ont pas été offusquées.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Habitants. Haute époque par la grâce des édiles

Le sol des villes n’a plus aucun égard pour le pied du promeneur – entre goût exécrable des revêtements et rugosités de toute nature : ce qu’ils appellent (pour le plaisir du paradoxe ?) piétonisation. Pendant trente années dites de gloire, il avait l’excuse de n’être qu’un chantier, lequel a dissimulé ce qui se tramait nécessairement : le travail discret de la champignonnière à ghettos, par quoi la cause est désormais entendue. Les édiles, au moyen de deux ou trois abstractions erronées, en pleine méconnaissance des conditions d’existence autres que la leur (celle de tout petits oligarques dans un peu de coton), ont favorisé le découpage, avec l’assentiment obligé des possédants (seuls capables de les aider financièrement à faire main basse sur le bulletin de vote des malins ou des abusés qui y croient encore), ont procédé à la partition du territoire entre centre ancien très cossu, lieu réputé festif par excellence, vastes banlieues arborées aux propriétés ceintes de vieux murs, qui seront bientôt gardées manu militari… et tristes concentrations humaines coincées entre grandes voies de circulation et dépotoirs collectifs. Quant à ceux qui auront les moyens de se voir mourir longtemps, ils trouveront place dans des établissements permanents d’habitation dirigée.

 

 

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Arabes et tsiganes et tant d’autres

Otomani, le 16 juillet.

N’exister que dans le regard d’autrui est la seule vraie insuffisance et la blessure la plus mortelle.

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Un premier communiant (d’il y a longtemps)

Avant chacune des rencontres inespérées mais proprement féeriques qu’elle lui réserva, sans même qu’il s’en rendît compte, il toilettait son âme comme faisaient les jeunes gens de toute confession qui naguère veillaient jalousement à leur tenue (sur celle de leur âme aussi ?), dans la première grande occasion consciente de leur vie religieuse (– ceci du temps d’avant le suicide des religions, prélude à l’assassinat généralisé…)

 

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Athéologie

En ces beaux jours mélangés de pluies d’orage, les Témoins de Jéhovah sillonnent le coteau radieux où crèchent les opulents. (Étrange terre de mission !) Cravates bariolées et eaux de toilette rivalisent d’élégance colorée et parfumée avec le lys martagon et les rosiers grimpants. Mais comment ces hérauts du Père Éternel ont-ils pu imaginer qu’il reste la moindre place vacante dans le panthéon des habitants de ce petit paradis à flanc de coteau ? Chez de si fervents serviteurs (et pleins de scrupules avec ça !) de Mammon, d’Éros et de Niké, pas une chapelle latérale, pas la moindre petite niche déserte pour accueillir une divinité supplémentaire. Vous les champions toutes catégories de la conversion, que ne redescendez-vous vers les quartiers ? Les pauvres sont pour vous pain béni, de la pure chair à bénédiction, quoique Dieu ne soit pas tout à fait pour les pauvres. Quant aux riches, je gage, je sais, qu’ils s’en tamponnent le coquillard.

 

 

 

 

 

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