Marge de manœuvre
Il faudrait toujours avoir deux livres sur soi, ne serait-ce que pour pouvoir faire, provisoirement, la gueule à l’un d’entre eux.
modeste proposition pour venir à bout de l'ignorance
Il faudrait toujours avoir deux livres sur soi, ne serait-ce que pour pouvoir faire, provisoirement, la gueule à l’un d’entre eux.
La pulsion a remplacé le diable chez les belles dames, chez celles, en tout cas, qui cherchent, une vie durant, à se connaître, sans jamais se comprendre. Le « Connais-toi toi-même » de Socrate n’entretient pas le plus petit rapport avec la psychologie des profondeurs, il appelle seulement à l’humilité : « Ne te prends pas pour un Dieu ». Dans … Continuer la lecture de Le diable puis la pulsion
Les grosses ficelles du journalisme, faites de paresse, de psittacisme, d’émotions insincères et faciles, bousillent les mots, réduisent leur sens à presque rien, les dilapident comme un mauvais chasseur ses cartouches. Ainsi, ne dites plus amalgame, sauf si vous êtes dentiste ; stigmatiser, sauf si vous êtes un adepte du Padre Pio ; déraper, à moins que … Continuer la lecture de Pour l’amour de la langue !
« … le fondamentalisme laïque n’est pas moins dangereux que le fondamentalisme religieux » . Voilà une phrase que je peux faire mienne, moi qui, sans foi et le déplorant, exècre par-dessus tout la religion de ceux qui n’en ont pas (ma définition provisoirement définitive de la laïcité) et la suffisance rengorgée de ces gallinacés de rationalistes. Quant … Continuer la lecture de Laïcité
Les médecins font, paraît-il, de mauvais malades (angoissés, autruches forcenées, ignorants volontaires, etc.). En sachant trop, ils ne veulent rien savoir quand ils sont objets, et non plus sujets… Les malades sont toujours d’impeccables médecins, exigeants, omniscients, juges implacables (le con, le salaud, il n’a pas vu mon cancer, etc.). N’étant, grâce à dieu ou … Continuer la lecture de Médecins et malades
On ne voit le monde clairement qu’à travers des larmes. Ne me demandez pas, dès lors, ce que j’ai aux yeux.
Nous devons (je dois) à Jean-François Louette, professeur à la Sorbonne, subtil critique littéraire, une analyse de la nonchalance dont je n’ai pas encore tiré tout le bénéfice. La disponibilité de tels produits est suffisamment rare dans les magasins de ce temps pour qu’un hommage s’impose. M. Louette distingue trois tonalités de la nonchalance selon … Continuer la lecture de Nonchalance
Par bonheur, la France ne cessera d’éclairer le monde : au moment précis où elle refonde l’école, elle n’hésite pas à démanteler (pour cause, semble-t-il, de corruption) la brigade anti-criminalité d’une grande cité. Ce doit être ce qui s’appelle propager les vertus séculaires de l’exemple dans toutes les directions.
Comment concevoir qu’on puisse dire complètement, tout à fait ou absolument quand oui est sur le bout de chaque langue, prêt à orner n’importe quelle bouche ?
Un écrivain de énième zone, père d’un chanteur de pareille qualité, a eu le front de préfacer un recueil de petites proses de Robert Walser. Pour rendre sensible ce que semblable imposture a d’insupportable, je filerais volontiers cette métaphore : je me vois bien dissertant sur les beautés d’une cathédrale, assis sur mon tas de cailloux. … Continuer la lecture de Marchands du temple
Nous ne savons pas grand chose de la vie, mais la vie, vu comment elle nous traite, ne doit pas en savoir bien long sur nous.
Nous sommes en porte-à-faux vis-à-vis de nos fruits braillards. Semblables à tous ? Mais alors pourquoi cette dévotion ?
Ce qu’ils appellent s’intéresser à autre chose qu’à son travail : prendre quand il se peut un repos indolent et vide qui a un avant-goût de mort, ou bien errer sans trêve dans le labyrinthe des marchandises.
Une femme – catin ou femme estimable ? -, voulant se débarrasser d’un amant, lui dit : « Tu as correspondu à une période de vide dans ma vie. » La déclaration (qui ne m’était pas destinée) s’est gravée, une fois pour toutes, dans ma mémoire. Elle a un mérite éclatant : elle est claire comme un trou noir.
L’homme de notre temps mange du patrimoine une fois l’an avec la nonchalance d’autres espèces qui, par exemple, mangent de l’herbe. Au moins ces dernières ont-elles l’excuse sublime d’en avoir un besoin quotidien, de se livrer à leur manducation dans une intimité aérée et chaque individu pour son propre compte. Les vaches montrent par leur … Continuer la lecture de Le patrimoine en une journée