Un remède contre le béguin

Il eut un tout petit béguin (sans espoir de voir jamais dépassée l’illumination unique) qui ne répondit pas à sa faiblesse soudaine. Pragmatique en diable, il entama sans délai un traitement drastique : vessies de glace sur les articulations de l’âme, larges applications de crème de lucidité, hygiène des affects et des représentations. Il ne marcherait … Continuer la lecture de Un remède contre le béguin

Duplicité des idées

Mes idées m’appartiennent, j’y reconnais la trace de mes pas, nombre de mes pensées s’enracinant dans la marche ou la course. Mais aussi mes idées me menacent, redoutables entités adverses qui m’offrent si bien au monde que, pour un peu, je m’en irais en fumée ou en poussière.

Un professeur au Collège de France (candidat malheureux à l’Académie Française). Une exécration.

Il indique sans cesse qu’il fera ou dira, plus tard, ceci ou cela, comme le séducteur de barrière fait des promesses aux belles ou le marchand de lacets émet ses scrogneugneux. Il sautille de joie autour de sa propre image, empêtré dans une humilité qui n’est que de façade. À intervalles réguliers, il claque des … Continuer la lecture de Un professeur au Collège de France (candidat malheureux à l’Académie Française). Une exécration.

Une pensée scandaleuse, persistante et signée

Fier comme Artaban, une sorte de hippie, dopé aux allocations, emprunte à contre-sens une rue étroite, portant sur le guidon de son vélo le fruit conquérant de ses reins, un enfant encore innocent mais éduqué à la diable. À contre-cœur, et non sans me faire violence, je pense que je préfère encore l’habitacle discret des … Continuer la lecture de Une pensée scandaleuse, persistante et signée

Un instant privilégié

Ce n’est que dans les peintures obsédées de symétrie que le jour et la nuit se partagent équitablement la toile. Avez-vous jamais vécu un véritable instant ? Un instant en perdition dans le temps, avec son humus de passé, ses vapeurs de futur – et le plomb du présent.

Sans titre

Une nouvelle péripétie de l’écrasement de la catégorie de l’être par la catégorie de l’avoir : l’expression (« Tout le monde a quelque chose à dire ») a écrasé, occulté le mystère de l’expression (qu’est-ce que dire, comment dire : travail souvent implicite et silencieux de l’écrivain). Matérialisme contre ontologie. Au même moment, naissance d’une pléthore de théoriciens qui … Continuer la lecture de Sans titre

Omerta

J’admire le silence en tant que force qui gèle les mots sur les lèvres – mais de là à l’aimer ! Ses clients sont trop nombreux, à qui il rend des services trop insignes. Ô France éternelle, ne nous dis surtout pas combien tu gagnes, pour qui tu votes, en qui tu crois et avec qui … Continuer la lecture de Omerta

Novembre

Si le moment était venu, je voudrais tout vous donner, mon aimée Si le délai était échu, j’aimerais, par miracle, vous aimer tout l’été Et la bise une fois venue, vous laisser au pinacle de vos arbres Pour me glisser sous une couverture de marbre D’où je vous regarderais jusqu’à ne plus voir. « Plaquée ! », diriez-vous, … Continuer la lecture de Novembre