Au petit matin, je regarde sur mon téléphone combien de Yougoslaves ont émigré en France dans les années soixante ; je pensais à un propos d’Henriette Asséo disant que des milliers de rom yougoslaves étaient venus en France et s’étaient parfaitement fondus dans la population. Je retourne me coucher et je rêve. Je suis dans un endroit comme une piste de jeu de boules, un boulodrome ; deux malabars, du genre forts de foire, s’amusent à jeter le plus loin possible de très gros sacs remplis peut-être de sable. Je les vois comme des sortes de truands balkaniques vraiment très forts et patibulaires ; j’apostrophe l’un d’eux près d’une sorte de buvette ; à ce moment, je sais que je suis avec François qui me dit qu’il n’oserait pas aborder quelqu’un comme ça, je sens qu’il me désapprouve. Je dis à l’homme vous êtes Serbe ? ou Croate, auquel cas je vous ai blessé ? Il ricane. J’ai commandé une bière à la fille de la buvette, une blonde pas mal. Plus tard, non loin de là, la barmaid vient vers moi, nous sommes assis sous une sorte de tonnelle. Elle me dit ils ne sont pas yougoslaves, l’un d’entre eux a été mon petit ami, ils sont danois comme moi. Je dis j’ai lu un grand écrivain danois : Jacobsen… Elle me dit oh! et m’embrasse doucement sur les lèvres, son visage anciennement beau est ravagé, elle a des cernes avec des poches sous les yeux. Je me réveille.