Éloge d’un serviteur public qui mérite ce nom

Donnez-moi quelques minutes avant que nous soyons un peu ivres et étourdis de la joie d’être ensemble. Je sais improviser mais ne veux pas le faire : je veux dire quelque chose à mon ami devant témoins. Qu’il soit mon ami, c’est parce que c’est lui et que c’est moi, c’est affaire de goût, d’instinct. Mais il y a autre chose, peut-être plus, qui a trait à sa qualité en tant qu’homme, qu’humain. Dans un monde peuplé de cloportes, vous savez ces créatures qui vivent à l’abri, à l’ombre, au chaud et qui y prolifèrent, à l’abri, à l’ombre, au chaud – dans un monde peuplé de fonctionnaires, il a déployé une énergie (comme on dit maintenant), une créativité (on n’ose plus parler comme ça – et j’ose, parce que c’est lui) peu communes. Et il en a été récompensé comme il se doit : par l’ingratitude et une désinvolture, une veulerie peu acceptables – mais qu’on est bien obligé d’accepter, comme on est contraint d’accepter son époque. Tout en lui disant à quel point je l’aime, je veux lui offrir cette remarque de George Bernard Shaw, rendue étincelante, presque coupante, par la paraphrase qu’en propose le magnifique Simon Leys : «… les gens qui réussissent sont ceux qui savent s’adapter à la réalité. En revanche, ceux qui persistent à vouloir élargir la réalité aux dimensions de leur rêve échouent. Et c’est pourquoi tout progrès humain est dû en définitive aux gens qui échouent.»

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