La tortue écrasée

Dans l’herbe, sur le bas-côté de la route, elle repose sur les morceaux disjoints de sa carapace fracassée, les larges écailles de son plastron, son « ventre » – un camaïeu de bleu sombre évanescent alterne avec un blanc livide, spectral (ghastly) – sont tournées vers le ciel. Elle devait s’appeler Électre ; il avait raison le dramaturge : le deuil de soi sied à Électre. Mourning becomes Electra.
Au vrai, c’est moi qui le porte, le deuil, pour elle, et il ne me va pas, comme la vie ne me convient guère quand elle fait s’entendre comme des larrons, à la grande Foire du Prestige et de la Vitesse, des berlines allemandes et des automobilistes roumains. De là à dire, avec Chateaubriand, que « la mort m’ira peut-être mieux » ! non – je ne parle jamais, je crois, de ce que j’ignore… « Ce dont on ne peut parler, il faut le taire » dit Wittgenstein. Ce que je pense et dis, sans l’ombre d’un doute, c’est que j’ai une dent contre ces gens qui ont tué Électre, la tortue.