À l’aube, deux sœurs hirondelles, pilotes de chasse (aux insectes), et qui volaient en escadrille, ont perdu la vie, fauchées par le pare-brise d’une berline teutonique. Du bout de mon bâton de marche, j’ai donné à chacune une sépulture d’herbe, une pour chaque côté de la route… Ces deux pilotes assassinés ne demandaient rien à personne, ils étaient seulement occupés de leur mission alimentaire ; il semble qu’ils n’aient pu s’éjecter à temps de leur habitacle. Ce genre d’incident n’est pas si fréquent dans la chasse aviaire ; il rencontre cependant l’indifférence d’un public habitué à des nourritures plus roboratives. On doit, à cet égard, remercier la peu noble profession de journaliste de fournir aux brutes leur crack de chaque jour en les abrutissant encore par le compte rendu de cyclones, de canicules, de feux géants, d’inondations…
Les deux sœurettes reposaient inertes sur l’asphalte dans le soleil montant, non loin l’une de l’autre, passablement amochées, toutes plumes en désordre. Songeant à l’Audi meurtrière, à son conducteur roumain fanatique des pointes de vitesse, j’ai repensé au cher Jankélévitch, incapable de pardonner à l’Allemand. Ce matin, je partageais sa rancune, je ne pouvais retenir aussi mon incurable aversion pour le conducteur roumain du tout venant.
Peut-être as-tu raison, Jankélévitch, l’Allemand n’est pas récupérable – ni le Roumain.