L’un et le multiple

Trente ans concierge dans le monde dit scientifique, j’ai entendu jusqu’à l’indigestion cette assertion, illico jugée par moi particulièrement controuvée, selon laquelle les découvertes se préparent ou se font autour de la machine à café. Nul besoin de se pousser du col (d’appartenir à une élite autoproclamée) pour savoir que quand la véritable conversation était de ce monde, elle favorisait, voire fécondait, les esprits bien préparés. Ce que c’est tout de même que de se payer de mots, comme est puissant ce besoin de forger de creuses anecdotes à forte teneur de snobisme ! Le monde dit scientifique est sans nul doute plus en manque de créateurs, de mavericks, que de simples soldats, traînards ou traîne-la-patte, buveurs de café émérites, et les papotages impromptus dans les couloirs n’y changeront jamais rien. Cette croyance, au fond très condescendante, dans une certaine version socialiste de la puissance de la multitude, s’est incarnée en une sorte de Jeanne d’Arc petite bourgeoise (qui est encore vaguement en état de nuire). Cette buse politicienne ne craignait pas d’affirmer, en tant que collectionneuse invétérée d’idioties, que « on est plus intelligent à plusieurs que seul ». Dans son infinie modestie charitable, elle omettait de dire que c’était à une seule condition (mais de taille) : qu’elle fût le soliste dirigeant l’orchestre, qu’elle fît le don à la nation de ses gigantesques capacités : une tête de linotte doublée d’un caquetage de gallinacée.

 

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Simonie

Confit dans une infrangible satisfaction de soi, le publicitaire, autrement dit le communicant, excède mille fois par jour les limites du bon goût (de la décence) ou du sens commun. Dernière attestation en date : un marchand de je ne sais quoi nous enseigne que la vie est un terrain de jeu (autrement dit une cour de récréation), dans une langue dont le succès planétaire a signé, d’assez longue date, l’entrée en agonie. Louis Néel, prix Nobel de physique, entrepreneur et assez bon savant, disait quant à lui qu’on n’était pas sur terre pour s’amuser. Nos ancêtres en savaient un peu quelque chose qui étaient affrontés à la nécessité permanente de se nourrir comme de se reproduire. Pauvres marchands de soupe, d’amour, de lacets, de loisirs… et vous prostitués en costume qui les aidez à la vente ! C’est certainement trop d’optimisme que de souhaiter qu’un jour votre passage sur terre ne soit plus qu’un mauvais souvenir.

 

 

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« Laura t’attend ! »

C’est entendu, les roumains sont aussi ces tsiganes noirauds, errants voleurs de cuivre dont les femmes vendent leurs corps faute d’autre chose, ce qui ne les empêche en rien de changer de mari au gré de leurs intérêts vitaux, en tête de ceux-ci, comme chez nous tous, l’argent et le plaisir. Les autres roumains, leurs concitoyens neuf fois plus nombreux, enragent d’être confondus avec la plèbe tsigane ; ils se fondent dans nos paysages, distinguables seulement par les r qu’ils roulent. Plus et mieux ils sont sortis du naufrage de leur nation d’hier, plus ils sont racistes envers leurs anciens serfs et serviles vis-à-vis de l’occident accueillant. La gloire de leur expatriation réussie culmine dans les figures d’un ou deux écrivains de l’absurde ou du désespoir prisés tout spécialement dans les beaux quartiers. On sait que mon âme est éprise de ma nation d’origine tandis que mes concitoyens m’inspirent des sentiments de particulière fraternité. Eh bien, que mes frères français regardent du coté de la Roumanie – quand leur arrogance, leur incompétence et leur paresse leur en laisseront le loisir… S’ils tendent l’oreille, tourne adéquatement leur regard, ils verront des milliers d’individus descendre dans les belles rues de Cluj-Napoca, Sibiu, Bucarest… pour demander le renvoi des politiciens et gouvernants corrompus quand nous autres français nous apprêtons à les élire et réélire en dépit du bruit de crécelle de leurs casseroles. C’est ici le lieu de porter à la connaissance du veau hexagonal la merveilleuse existence de Laura Codruta Kövesi, quarante trois ans, procureur en chef de la Direction nationale anti-corruption de Roumanie qui, depuis quatre ans, envoie méditer derrière les barreaux petits, moyens et grands politiciens et fonctionnaires (trois mille poursuivis jusqu’ici). Les citoyens roumains ont trouvé dans l’exemple de cette femme admirable le courage de faire reculer leur gouvernement, de le mettre dans des difficultés qui persistent. Les manifestants de ces dernières semaines en Roumanie adressent à leurs dirigeants cet avertissement très comminatoire : « Laura t’attend ! » Crapules élues prétendues républicaines de la France donneuse de leçons, et vous citoyens libéraux-bolcheviques opposés à toute clarté qui vous desservirait, allez vous faire foutre – et que Laura vous emporte !

 

 

 

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Lectures

Que font les gens qui vous recommandent un livre sinon vous refiler un petit bout de leur vision du monde dûment certifié par beaucoup plus talentueux qu’eux-mêmes.

 

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Définition

Footballeurs : oligophrènes qui jouent à la balle.

https://fr.wiktionary.org/wiki/oligophr%C3%A8ne

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Dictionnaire

Laïcité : religion hypocrite de ceux qui ne veulent plus des religions. Parmi ceux-ci on trouve des sectateurs nombreux de la déesse qu’ils appellent Raison, phénomène d’autant plus comique que ces gens sont en général dénués de sens commun, en dehors de la protection fanatique des intérêts de leur clique. Les plus haïssables sont encore les politiciens, uniquement entichés d’activités lucratives et de renommée. Il faut raison garder aiment-ils à dire. Au ras du langage, on doit leur pardonner leur impudence, puisque leur inculture crasse ne les fait disposer que de quelques mots et de deux ou trois locutions, tous tournés vers l’enrichissement facile et la satisfaction de leur insatiable vanité.

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Évidence du contrôle de police sur les apparences, improprement dit « au faciès »

Pour attraper du poisson, inutile d’agiter son hameçon sous le nez des volatiles !

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Santé mentale et exercice physique

Quand on pratique pendant trente ans la course à pied, on enregistre jour après jour les progrès de son propre déclin au moyen du plus cruel des instruments de mesure. Il existe des drogues plus secourables que son propre corps, quoi qu’en pensent les Narcisses onanistes sans nombre de l’époque. Pour ce qui concerne les vertus ébriantes du sport, vous repasserez !

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Se payer de mots

Les grandes têtes molles de notre passé intellectuel immédiat, les Barthes, Bourdieu, Deleuze, Foucault, Girard (j’en passe et, parmi leurs pâles successeurs, de plus malsonnants) ont amoncelé les concepts comme l’équilibre de la terreur entre les nations accumule armes et arsenaux… Pour eux, la puissance du concept devait consister en un assemblage de mots grecs ou latins échappés d’un lexique hors d’usage. La Palme d’or revient à Bourdieu pour son hystérésis de l’habitus (traduction pour les crétins : un plouc, quelle que soit sa réussite, conservera des traits essentiels du plouc). « Plouc toi-même, Bourdieu ! et, qui plus est, plouc de l’esprit, arriviste du savoir. »

Par une ironie goûteuse, si les mets suspects de nos célèbres penseurs sont peu à peu jugés immangeables par des lecteurs nouveaux (non corrompus par de médiocres pédagogues sans inspiration), c’est la prétendue première puissance, mal dotée il est vrai quant à la production d’idées, qui réclame à grands cris (French Theory !) les épigones et exégètes de nos figures de cire. Ainsi des vieillards poussiéreux aéroportés s’en vont-ils gagner des sommes dont ils n’avaient pas rêvé et, pour certains, s’ouvrir un accès aux corps des jeunes gens d’outre-Atlantique. L’empire déclinant d’Amérique devrait se souvenir qu’un de ses fils les plus remarquables, nommément Richard Feynman, avait par avance réglé leur compte aux expatriés temporaires verbeux quand il disait que celui qui n’est pas capable d’expliquer une question complexe, en termes simples, à un élève de première année, prouve simplement qu’il ne l’a pas comprise.

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Mammon

Au commencement était la nécessité de survivre, sans phrases ni fard, ce que le Prince des philosophes appelle persévérer dans son être. Alors, précaire voulait dire vivant. Quand les humains ont fini de convoquer les dieux et les animaux sur les parois des cavernes, puis quand l’agriculture les a inventés socialement (les humains) au néolithique, soi-disant plus déterminant, selon le très surestimé Lévi-Strauss, que l’apparition de l’écriture, le surplus accumulé a donné toute latitude à la guerre et aux (cités -) états pour stimuler les échanges entre communautés humaines. En présence des greniers qui s’emplissaient, il a bien fallu trouver un symbole abstrait représentatif de n’importe quelle valeur susceptible de se présenter sur un marché ou de faire l’objet d’une tractation entre particuliers. Le troc pataud fut congédié, l’or, l’ivoire, les épices ouvrirent une voie brillante et odorante à la monnaie (jusqu’à la scripturale).

L’orchestre pouvait ouvrir le bal des fous et des méchants. A-t-on bien saisi la gueule que peut avoir un monde qui tient tout entier dans la salve de chiffres et de proportions qui s’offre à nous ci-après : – il faut, chaque jour, soixante dix milliards d’unités monétaires (euro, dollar, franc suisse… peu nous chaut) pour couvrir le règlement des exportations dans le monde ; tous les jours, les transactions monétaires sur les marchés se montent à cinq mille milliards (que crois-t-on que font ces quantités, qu’elles prennent l’air ou se donnent un peu d’exercice ? plus vraisemblablement, elles cherchent à prendre un peu de poids ou à n’en point trop perdre – l’activité de ces gentils billets et autres titres représentatifs de créances relève plus certainement du casino). La valeur annuelle estimée du produit intérieur brut mondial est de soixante sept mille milliards, les promeneurs du tapis vert spéculatif (d’honnêtes possédants, des fonds de pension vertueux, les sacro-saintes entreprises créatrices d’emploi) font circuler en une année, par leurs mandants, un million de milliards de la même farine, soit quinze fois la valeur produite par la somme des nations en un an. Pour s’être fait attendre un demi siècle (depuis le dernier grand embrasement de l’humanité), le résultat n’en est pas moins éclatant qui met son point cruel sur le i d’indigence : pour ne prendre que cet exemple, dans le valeureux pays de France, les disparités de patrimoine s’affichent ainsi : dix pour cent des ménages détiennent soixante pour cent des richesses, les cinquante pour cent les plus pauvres se délectent de cinq pour cent du patrimoine ; les quarante pour cent restant (parmi eux mes préférés, fonctionnaires et révolutionnaires en chambre) font tenir l’ensemble (pour combien de temps ?) attablés devant leur trente cinq pour cent du gâteau.

Est-ce Marx qui a inventé la notion d’équivalent général rapportée à la monnaie ? Je m’en fous un peu ! Je laisse ce genre de question aux pisse-froid et pisse-vinaigre de l’université (je tiens à la minuscule) qui ne sont jamais sortis de la chambre parentale où ils ont préparé de nobles résultats aux concours (mandarinaux), traînant, avec leur situation à vie, pour toujours après eux une hygiène douteuse et un goût non moins douteux pour la station assise. Issus de cette merveilleuse origine fessière, cent petits Lénine poussent ces temps-ci comme champignons après la pluie de la gabegie politicienne. Ils veulent rajeunir le projet d’un monde meilleur (sans un mort ?), non sans montrer une insupportable indulgence pour au moins un apologiste de crimes contre l’humanité (pas condamnable, jamais condamné, peut-être parce que normalien fils de normaliens, plus certainement parce que dernier porte-drapeau du communisme pur et immaculé), les plus fins annoncent leur volonté raisonnable d’échouer mieux (combien de morts ?) Le Français progressiste applaudit tout cela, lui qui emplit à longueur de journée sa bouche des mots liberté, égalité, fraternité, tandis qu’il est parfaitement servile, envieux et nombriliste.

Pendant que de si subtils ingénieurs se préoccupent de l’avenir de l’humanité, les pauvres, eux, regardent vers la fin du jour et de sa suite ininterrompue de mauvaises nouvelles. Les pires sévices, des avanies implacables procèdent de ce qu’on a placardé derrière le frontal des pauvres la face perpétuellement luminescente de Mammon, ce grill froid où tout se mesure à l’aune de ce qu’il faut d’équivalent général pour en faire l’acquisition : une cigarette, du café, une bouteille de bière, une couleur pour les cheveux toujours imparfaits des dames, un trajet en auto – le besoin comme le désir.

 

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