Un conte de Hongrie

Une odeur de pain grillé dans le vestibule. La petite fille a bâti dans la cour de la pauvre ferme une haute tour de poutres et de branchages d’où elle rameute et harangue tous et chacun : les champs, les fleurs, les oiseaux… Elle voudrait être à la place de sa sœur, la splendide É., jeune savante qui s’apprête à monter en voiture, sa valise à la main ; É. vient de se fiancer à un hobereau des environs, poète en prose taciturne qui l’aime sans limites : ils se sont promis un éternel aujourd’hui. É. a enveloppé son corps (une longue belle jarre mince évasée) dans les plis infinis de son âme, rien que pour lui, le poète – elle s’est vouée à lui dans le reflet clair-obscur de son miroir au cadre vert. Elle est transfigurée, maintenant et pour toujours, en la très belle dame des métamorphoses. Ce qu’ignore la petite fille en colère, c’est qu’elle est la forme première de la jeune savante, et aussi qu’elle pressera un jour lointain, contre son cœur, la main immobile du hobereau, enfin délivré du poids de ses poèmes et de ses terres.

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