Cet homme est dangereux

Comme il se doit, ce braillard échappé de quelque assemblée prétendue ouvrière est mal rasé ; n’ayant pas oublié de s’empiffrer aux frais de la princesse publique, il est aussi quelque peu enrobé. Il se présente pompeusement comme un historien alors qu’il n’est qu’un petit prof certifié d’histoire, déchargé de son service pour mieux casser les oreilles de ses concitoyens. Mais ce sont ses titres de gloire en qualité de procureur de la rectification culturelle qui le qualifient le mieux. Lui dont la syntaxe est un salmigondis de pataquès et d’approximations, le voilà qui veut clouer le bec à un des plus grands stylistes de notre langue, Louis-Ferdinand Céline, en s’opposant à la réédition annoncée de pamphlets discutables et très discutés. Le loustic n’en est pas à son coup d’essai : il a déjà fait débaptiser le collège Vincent d’Indy, un jour qu’il s’ennuyait au Conseil de Paris. Emporté par une foucade d’ivrogne, plein de gnole idéologique, ce sectateur de Robespierre, n’écoutant que son courage, couvre de crachats la tombe du très bon musicien, le traite d’anti-dreyfusard (vrai), d’antisémite obsessionnel (faux), passant soigneusement sous silence que d’Indy, un des créateurs de la Schola Cantorum, fut aussi le maître d’Erik Satie et d’Isaac Albéniz et qu’il protégea durablement Wanda Landowska, distinguée musicographe et claveciniste (et juive s’il en fut). Au bout du compte, le patronyme de ce commissaire politique, fait député par la jobardise de notre pseudo-démocratie, déshonore tout à la fois une délicieuse appellation viticole, un massif et un village qui n’en demandaient pas tant. Sans risque d’erreur, le personnage est le type même de l’homme de main des hiérarques totalitaires, le genre d’assassin au petit pied qui envoie dans le matin blême des policiers sonner à votre porte pour affaire vous concernant.

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3 réponses à Cet homme est dangereux

  1. Philippe dit :

    J’ai cru voir que le commissaire politique n’est plus mal rasé, il est désormais barbu.

  2. Philippe dit :

    J’écrirais plutôt que le collège Vincent d’Indy a été débaptisé parce qu’il l’a fait débaptiser.

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