Histoires d’évaluation [2ème partie] Bach et le fils du créateur

Un « candidat de milieu de classement » ou Bach candidat à Leipzig ou l’évaluation par l’air du temps : 1723, une délibération du conseil (municipal) de Leipzig mentionne qu’il faut choisir maintenant parmi les « médiocres » (« mittlere », qu’on pourrait traduire par des gens de talent ou d’aptitudes inférieurs… aux meilleurs !). Il s’agit de pourvoir au remplacement du cantor de Saint-Thomas et directeur de la musique religieuse de la ville. Parmi ces « médiocres », c’est Bach qui sera choisi… Auparavant, on avait sollicité le célèbre Telemann qui profita d’une candidature – vite retirée – pour faire augmenter ses émoluments à Hambourg. Un autre candidat prestigieux ne pourra venir parce que son employeur princier ne veut pas le lâcher, il l’augmente, lui fait un gros cadeau. Bach a contre lui qu’il n’est pas universitaire ( !!!!), d’être le salarié d’un tout petit prince, celui d’Anhalt à Coethen, et de briller par un talent d’exécutant qu’on ne lui demandera pas d’exercer (organiste, violoniste notamment…). Il a pour lui que les « grands » qui se sont désistés ne manqueront pas de le recommander. On finira par choisir l’un des plus grands musiciens de tous les temps car la situation a trop duré et que les meilleurs l’ont désigné comme un candidat de remplacement fort décent.

« Si j’ai mal parlé… » ou comment Jésus pose les bases d’une morale universelle de l’évaluation : le Christ, on le sait, est arrêté au Jardin des Oliviers ; de là, il est conduit devant le grand prêtre Anne qui l’interroge sur ses disciples et sa doctrine. Jésus répond qu’il a toujours parlé au grand jour, au temple, à la synagogue, qu’il n’a rien dit en cachette. « Demande à ceux qui m’ont entendu » dit-il à Anne, sur quoi un garde de ce dernier le gifle en disant « c’est ainsi que tu réponds au grand prêtre ? ». La morale et la chute, les voilà, qui font fi de toutes les fausses prudences, des ratiocinations, des hypocrisies, de ce que les illettrés appellent aujourd’hui « la langue de bois » : le Christ répond au coup, à la violence par ces mots : « Si j’ai mal parlé, montre où est le mal ; mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? »

Sources

Gilles Cantagrel, Bach en son temps, Fayard 1997.
Evangile selon Saint Jean, Bible de Jérusalem.

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