Mauvais usage

Dans un récent séminaire, pour en recommander la lecture, peut-être l’usage formel, un serviteur de Dieu a qualifié le modeste travail de Spinoza d’œuvre qui pense puissamment. L’auxiliaire des séraphins, pensais-je, ne manque pas d’air. Réduire le splendide solitaire de La Haye à un outil de précision, fût-il prestigieux, et sans référence aucune aux notions de vérité ou d’adéquation, quelle absence de vergogne ! La superstition ne doute décidément de rien. Un matin que, dans le cours d’un réveil embrumé, je repensais à la puissante assertion de l’ecclésiastique, je vis comme en rêve cette saynète : un homme aux prises avec une porte battant dans le vent se saisissant d’une magnifique guitare de palissandre et s’employant à faire cesser le battement en utilisant le divin instrument comme une vulgaire cale. C’est à cela que conduit la foi qui se pique de raisonner : à une mécanique dérisoire, un Meccano pour grands enfants.

 

 

 

 

 

 

 

 

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