L’un et le multiple

Trente ans concierge dans le monde dit scientifique, j’ai entendu jusqu’à l’indigestion cette assertion, illico jugée par moi particulièrement controuvée, selon laquelle les découvertes se préparent ou se font autour de la machine à café. Nul besoin de se pousser du col (d’appartenir à une élite autoproclamée) pour savoir que quand la véritable conversation était de ce monde, elle favorisait, voire fécondait, les esprits bien préparés. Ce que c’est tout de même que de se payer de mots, comme est puissant ce besoin de forger de creuses anecdotes à forte teneur de snobisme ! Le monde dit scientifique est sans nul doute plus en manque de créateurs, de mavericks, que de simples soldats, traînards ou traîne-la-patte, buveurs de café émérites, et les papotages impromptus dans les couloirs n’y changeront jamais rien. Cette croyance, au fond très condescendante, dans une certaine version socialiste de la puissance de la multitude, s’est incarnée en une sorte de Jeanne d’Arc petite bourgeoise (qui est encore vaguement en état de nuire). Cette buse politicienne ne craignait pas d’affirmer, en tant que collectionneuse invétérée d’idioties, que « on est plus intelligent à plusieurs que seul ». Dans son infinie modestie charitable, elle omettait de dire que c’était à une seule condition (mais de taille) : qu’elle fût le soliste dirigeant l’orchestre, qu’elle fît le don à la nation de ses gigantesques capacités : une tête de linotte doublée d’un caquetage de gallinacée.

 

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