De la guerre civile

Quelque temps qu’il nous ait laissé, trois siècles et demi plus tard, Blaise Pascal a toujours un brin d’avance sur nos modestes (et oublieuses) facultés de penser : il avait compris et posé que le pire des maux, à éviter quels que soient les moyens ou le coût, est la guerre civile.

Dans notre époque, malgré qu’en ait le verbe impuissant des pitres du Barnum politicien, on dirait qu’il ne faille plus exclure les perspectives de guerre civile. Le hiatus sidérant, d’une ampleur intersidérale, entre une poignée de riches et la masse engluée des pauvres et quasi-pauvres, le dépeçage par des politiques futiles, inefficaces, effroyablement coûteuses (frais de bouche, de costume, des raclures représentatives) des détenteurs de revenus moyens, le racket fiscal, donc, d’une classe moyenne en voie d’amaigrissement radical, les ghettos urbains où, sur fond d’imputations proprement douteuses de responsabilité du colonialisme, de racisme imaginaire, de discriminations fantasmées, des mafieux et des religieux font régner leurs mœurs et leur loi – autant de tonneaux de poudre remplis à ras bord qui n’attendent plus que l’étincelle de quelques histrions toujours en quête d’un rôle social susceptible de tromper l’ennui de leur foncière inutilité : intellectuels-fonctionnaires, syndicalistes dispensés de travail, gauchistes à la retraite… L’apparition du fauteur d’insurrection n’est pas récente. Me revient le souvenir lancinant, térébrant, de ces fiers maoïstes un peu crasseux qui, à la sortie de nos universités, prenaient à partie de jeunes américaines, propres sur elles et dessous elles, leur enjoignant de retourner sur le champ dans leur maudite république impériale… au nom de la lutte héroïque du peuple vietnamien ! De bien beaux faits d’armes se sont accomplis en ce temps-là, dont parlent encore les anciens combattants des cabinets ministériels (pensionnés à vie dans la fonction publique). On mentionnera pour mémoire la sainte cause de la Palestine (arabe) que les mêmes héros de la lutte salivaire célèbrent, de temps immémorial, à coup de harangues bruyantes dans des défilés maigrichons. L’autre hier, étant dans un café (où les femmes sont absentes) tenu par des kosovars, j’éprouvai le besoin de faire le jeune chien en même temps que de vérifier les éléments d’un savoir encore embryonnaire. Deux colosses au crâne rasé, genre souteneur ou combattant de la guerre d’indépendance (qualités nullement exclusives l’une de l’autre), buvaient leur café. Il me sembla une riche idée, sur le mode plaisant, de leur prétendre que j’étais serbe. Quand l’un des deux sortit pour fumer une cigarette, il se tourna vers moi et, sur un ton qui ne prêtait pas à ambiguïté, me dit : « Beaucoup de gens sont morts, beaucoup d’autres ont souffert – il ne faut pas plaisanter avec ça ! »

Par pitié, messieurs les kosovars, foutez-nous la paix avec vos querelles ! Foin des produits d’importation… Nous avons assez de nos incendiaires en chambre, anciens staliniens, trotskistes, maoïstes recyclés à l’Académie Française, journalistes n’ayant pas lu un livre depuis Sciences-Po, pour ne rien dire de la racaille politicienne, sans exception corrompue jusqu’à l’os et prête à tout pour durer.

 

 

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